Colombier et Audax-Friul ont inventé un scenario de fous-furieux samedi, à l’occasion du baisser de rideau de la première partie de la saison de 2e Ligue. Ils sont finalement repartis dos à dos (3-3), avec la satisfaction de ne pas avoir tout perdu mêlée à la déception de ne pas avoir empoché la totalité de l’enjeu.
L’adage prétend que les absents ont toujours tort. S’il convient souvent de ne pas se montrer péremptoire, force est de reconnaître que le dicton s’est implacablement vérifié, samedi, dans le froid d’un début de soirée d’Halloween, aux Chézards. La petite chambrée qui avait franchi le tunnel menant au bord de la pelouse de Colombier en a largement eu pour son argent. Au menu de la partie, déconfiture, suspense et reconquête ont gratifié le public épars d’un cocktail d’émotions.
Après 28 minutes, déjouant les pronostics, les visiteurs menaient 0-3 en ayant tourné en bourriques les joueurs locaux. Sonnés, les Colombinois a eu le mérite de se rebiffer, profitant notamment d’une improbable bévue des « Friuliens » pour revenir, sur penalty, à une longueur, juste avant la pause. De quoi donner lieu à une haletante seconde période durant laquelle les hommes des frères Saiz ont fini par égaliser sur leur 10e corner de la rencontre.
Xhafa: deux buts et un assist en une demi-heure
Rembobinons la bobine: le match n’était vieux que de 16 minutes lorsqu’Erjon Xhafa a commencé son show. Cliniquement servi par son capitaine Castella, auteur d’une chevauchée sur son couloir droit, l’ailier du chef-lieu s’est d’abord retrouvé au bon endroit dans le timing parfait pour envoyer Bachmann chercher une première fois le ballon au fond de son filet. Puis, l’alerte n°11 de l’ASI a déboulé dans son propre couloir avant d’aller aligner le dernier rempart local (28e). Alors que José Saiz entendait stopper l’hémorragie en introduisant Faustmann, le latéral de poche n’était pas encore tout à fait prêt. Et le temps qu’il enlève ses survêtements, Xhafa s’était mué en passeur pour son compère Castella, pour le 0-3!
Dur à digérer pour un FC Colombier qui s’était pourtant, jusqu’alors, plus souvent qu’à son tour retrouvé en possession de la balle mais qui ne s’était toutefois montré dangereux qu’à une seule reprise, lorsque Boillat avait vu son envoi contré par un défenseur après une action menée par le très bon Tosato et relayée par Tico (19e).
La bicyclette de Boillat, la bévue de Rasmann
Après une tentative décroisée de De Tutti arrivé en bout de course (38e), Colombier a enfin ouvert son compteur. Et avec la manière, s’il vous plaît! Sur une remise en jeu, Valérian Boillat s’est fendu d’une bicyclette qui a terminé dans le petit filet d’Indonga pour le 1-3. Quatre minutes plus tard, alors que Luc Floquet multipliait les consignes pour éviter l’écroulement de son onze soudainement fragilisé, Rasmann a commis l’impensable. Appelé en renfort par son gardien pour tirer le dégagement en 6 m, le défenseur central a replacé le ballon en le prenant des mains, conduisant à un long conciliabule arbitral tandis que les deux bancs s’époumonaient pour faire entendre leur vision de la justice sur cette action.
Alors qu’il avait en premier lieu envisagé de donner un coup franc indirect dans la surface fatidique, M. Da Costa a consulté son assistant côté lac pour finalement indiquer le point de penalty. Un coup de pied de réparation que Boillat s’est chargé de réaliser pour permettre aux siens, dans leurs petits souliers une demi-heure durant, de ne retourner au vestiaire qu’avec un débours d’un seul but.
« Il y a deux lois dans le règlement. Dans les 16 m, si la faute de main est commise par le gardien, c’est coup franc indirect. Si elle est commise par le défenseur, c’est penalty. Sur le moment, je n’avais pas tilté qui avait pris la balle des mains. J’ai demandé à mon assistant, qui m’a dit que c’était bien le défenseur qui s’en était emparé et je suis revenu en arrière et ai accordé le penalty. On a pris le temps de prendre la bonne décision afin de ne pas pénaliser le sort du match », expliquera Fabio Da Costa à l’issue de la rencontre.
A la pause, l’infortuné Matteo Rasmann avait, lui, jugé, auprès d’un suiveur de l’ASI, que le ballon roulait encore lorsqu’il s’en était emparé. Une version qui n’a donc pas été retenue par le trio arbitral. « Je me suis moqué du Real Madrid en Ligue des champions féminine lorsqu’il a pris le même but que nous sur un 6m, comme quoi, ça arrive à tout le monde », temporisait pour sa part Luc Floquet, désireux de ne pas accabler son joueur et/ou son gardien.
L’arbitre fait des choix et les assume
Un autre fait de jeu a cristallisé l’attention. A la 64e, Tamim El Kout a stoppé net la progression de Tosato, qui filait seul sur le couloir droit après un une-deux qui avait mis hors de position l’arrière-garde « friulienne ». L’arbitre l’a bien vu et a clairement indiqué laisser l’avantage. Un avantage dont la formation locale n’a pas su profiter. Mais une fois l’action terminée, M. Da Costa n’a pas jugé nécessaire d’avertir le joueur visiteur pour son acte d’antijeu, alors que le geste valait clairement un carton jaune qui, s’il avait été donné, aurait signifié l’exclusion d’un El Kout déjà sanctionné d’une biscotte précédemment.
« Ce fait de jeu n’est pas anodin, s’il le prend, c’est son deuxième carton et il reste une demi-heure à jouer », regrettait José Saiz après le match, en relativisant toutefois: « C’est une décision arbitrale, il peut le donner comme il peut choisir de ne pas revenir sur cette faute après l’avantage. C’est son interprétation, comme sur le penalty qu’il nous accorde en première mi-temps».
«On aurait effectivement pu revenir sur l’action litigieuse et donner un carton jaune au joueur qui n’a pas cherché à jouer le ballon. Mais sur le moment, je n’ai pas vu qui a commis la faute et pour moi, en laissant l’avantage, je donne une occasion de but à Colombier. Je me voyais mal revenir sur l’action en brandissant un carton jaune synonyme d’expulsion et contraignant Audax à finir à dix», s’est justifié un M. Da Costa qui a fait preuve de la même mansuétude envers Samir El Chami, dont le coup de sang, à la 74e, n’a été sanctionné que d’un jaune, après une réaction rageuse consécutive à une faute sur sa personne. «J’ai considéré cette action comme une poussette et non pas un acte de brutalité. J’ai vu une main ouverte sur le torse et non pas un poing fermé sur le visage», a encore détaillé l’homme en noir.
Colombier trouve enfin la faille
Revenons-en au jeu à proprement parler: la pression de Colombier a été constante et pesante tout au long de la seconde période. Les multiples percées des locaux ont cependant souvent échoué par manque d’efficacité dans l’avant-dernier ou dans le dernier geste.
La deuxième période a ainsi donné lieu à une inlassable mais frustrante quête du troisième goal du côté de Colombier, tandis qu’un Audax, qui avait retrouvé sa discipline, a longtemps courbé l’échine sans céder. Aussi un peu grâce à l’héroïsme du gardien Indonga face à Castro (71e sur un service de Tosato) et sur un cafouillage dans ses 16 m (80e).
Ramseyer (69e) avait cru égaliser, mais sa frappe est passée juste au-dessus de la cage d’Audax. Puis, trop croisée, la tête de Tosato a terminé sa course à quelques centimètres à côté de la cible (77e). Sur le dixième corner (14 au total) accordé à la formation locale, un envoi repoussé du second nommé atterri dans les pieds du premier et le n°15 a libéré son camp d’une frappe imparable à la 83e.
L’entrée ébouriffante de Boustta
Récompensé pour son abnégation, Colombier avait toutefois frôlé la correctionnelle à deux reprises avant cela. A la 75e d’abord, lorsque Bachmann a dévié en corner un envoi d’El Allali El Aroui, bien servi par un Boustta dont l’entrée a été très remarquée. Puis sur le coup de coin suivant, lorsque le ciseau du jeune ailier a été dévié par une jambe colombinoise sur le poteau.
Le junior B a encore failli endosser la cape du héros à la 86e, mais son envoi, à la conclusion d’un une-deux avec El Allali El Aroui, est passé juste au-dessus de la cage locale. De quoi faire regretter à Luc Floquet son introduction tardive? Pas le moins du monde: «Le petiot était puni ces dernières semaines pour des bêtises qu’il avait commises… On reste dans cette éducation qui veut que ce n’est pas parce qu’on est bon, qu’on se voit offrir des passe-droits. Cela fait partie de l’apprentissage », plaidera le Français.
Entre frustration et soulagement
«Quand on mène 3-0 sur la pelouse de l’une des meilleures équipes du championnat et que l’on prend des goals – notamment les deux premiers – comme on les a pris, on peut avoir des regrets. On est très jeunes et ça se voit. A 3-0 on a été suffisants, on a commencé à tenter des gestes que l’on ne faisait pas au début du match et face à Colombier, ça ne pardonne pas. J’ai vu des conduites de la semelle, des gens qui passent le ballon par derrière la jambe… On doit être plus rigoureux. Mais ça reste un bon point. Frustrant, mais c’est un bon point quand même! Colombier a mis la pression et réussi à revenir. De notre côté, on est capables de très bonnes choses, mais il faut continuer à travailler. Je le répète nous sommes très très jeunes, mais il y a un bel état d’esprit on est régulièrement 22 à l’entraînement, trois fois par semaine. Il faut leur donner ce genre de match pour progresser et il faut se montrer patients pour rester dans le projet. Je suis plus éducateur qu’entraîneur avec eux. Mais ils sont à l’écoute, c’est une bonne équipe», dixit Luc Floquet après le match.
Son vis-à-vis José Saiz était lui aussi mi-figue, mi-raisin à l’heure de l’interview: «Ouf et zut, un peu des deux, réagissait-il. Ouf, parce qu’on commence bien, puis après, il y a 20 à 25 minutes cauchemardesques durant lesquelles on fait tout ce qu’il ne faut pas: on perd des ballons au milieu de terrain contre une équipe qui dispose d’individualités très rapides et on se fait punir. Puis après zut, parce que sur l’ensemble de la deuxième mi-temps, on a vraiment dominé, on s’est créé davantage de grosses occasions que notre adversaire. On jouait le tout pour le tout et Audax a aussi certes réussi à se montrer parfois dangereux. A 0-3, si on nous avait dit qu’on faisait 3-3, peut-être qu’on aurait signé, mais sur la configuration du match, on aurait voulu réussir à mettre le 4-3. Mais sur l’ensemble du championnat, je sais que ça va s’équilibrer. Au moins, l’équipe a bien réagi.»
Chacun a donc quitté les Chézards avec un verre à moitié vide et un autre à moitié plein.
FC Colombier – ASI Audax 3-3 (2-3)
Les Chézards. 80 spectateurs. Arbitre: M. Da Costa.
Buts: 16e et 28e Xhafa 0-2. 29e Castella 0-3. 38e et 43e (penalty) Boillat 2-3. 83e Ramseyer 3-3.
Colombier: Bachmann; Tufarolo, Pegoraro, Gaille, Tico (29e Faustmann); Chopard (C/58e El Chami), Ramseyer; Tosato, Boillat, Castro; De Tutti (78e Verbeke). Entraîneur: José Saiz.
Audax: Indonga; Longino (30e Perez), Kupper, Rasmann, El Kout (67e De Jesus); Mbayiha; Castella (C), Koné (73e Boustta), Buchmann, Xhafa (82 Semedo); El Allali El Arouai (88e Moreno Peixoto). Entraîneur: Luc Floquet.
Note: 76e ciseau de Boustta dévié sur le poteau. Avertissements: 6e Tufarolo, 51e Castella, 53e Buchmann, 56e El Kout, 66e Ramseyer (tous faute tactique), 72e El Chami (antisportivité) et Indonga (réclamations).

