Intensément balayées par un vent glacial, les Buchilles ont été le théâtre d’un scénario pas forcément attendu samedi. Clinique voire cynique, la formation locale y a climatisé des visiteurs pourtant longtemps dominateurs, mais amorphes et trop imprécis pour éviter le coup de froid.
L’automne avait clairement pris ses droits dans le couloir à vent des Buchilles, samedi en début de soirée, et Colombier, qui se présentait en leader, s’est laissé enrhumer par un FC Boudry dur au mal et opportuniste à souhait.
Alors que Colombier a essayé de poser le jeu sans parvenir à concrétiser sa domination, Boudry a parfaitement fait le job défensivement, en tirant certes profit de la mansuétude d’un trio arbitral venu de Singine qui a beaucoup laissé jouer, mais en témoignant aussi d’une discipline défensive de premier ordre. Mention particulière à la charnière centrale Campos – Gouveia, absolument impériale pour l’occasion.
Domination stérile
Lauréats du toss, les pensionnaires des Chézards avaient pourtant d’emblée témoigné de leurs ambitions de prendre les choses en main et de ne pas les laisser traîner en décidant de jouer la première période avec le vent dans le dos. Cette option tactique aurait pu s’avérer payante si Tosato (18e, sur coup franc), Gaille (37e sur une reprise au deuxième poteau d’un coup franc de Tosato) ou Evan Saiz (43e) avaient su se montrer plus précis.
C’est ainsi qu’un score à lunettes a sanctionné les débats au terme d’une première période durant laquelle seul le vent aura ébouriffé l’assistance. De son côté, Masnari n’avait connu qu’un seul semblant d’alerte à la 8e, lorsque Fages s’était allié à une rafale pour obliger le gardien colombinois à boxer un ballon d’apparance anodine.
Photos: Hervé Nicolet
A peine ressorti de la buvette chauffée, le public local a failli prendre un gros vent lorsque Castro a fait clinquer le poteau de Gomes, sur un service de Tosato à la 50e. Colombier semblait alors inéluctablement se rapprocher d’une ouverture du score qui n’aurait pas été imméritée. D’autant plus que le même Castro testait les réflexes du cerbère boudrysan deux minutes plus tard, avant de galvauder le renvoi de Gomes en l’expédiant hors du cadre.
Le vent tourne
Echaudé, Boudry a alors eu la bonne idée d’ouvrir la marque sur une action venue plus ou moins de nulle part. Seul au deuxième poteau et quasiment sur la ligne de but, le jeune Lena a été tout heureux de faire trembler le filet des visiteurs une première fois. Un but tombé sur une touche suivie d’un centre venu de la droite, pour la plus grande stupeur des Colombinois.
Piqué au vif, Colombier a essayé de revenir au score, mais la bicyclette de Boillat n’a pas fait mouche (55e). Ni le coup franc de Tosato repoussé par Gomes dans les pieds de Ramseyer, ni l’envoi du n°15 n’ont connu de meilleur sort (63e). Après un tir non cadré de Le Meurley de l’autre côté (65e), les visiteurs ont enfin pensé avoir égalisé à la 66e, lorsque Boillat a trouvé Evan Saiz en position plus que favorable. Mais c’était sans compter sur un Gomes en mode superhéros, lequel s’est fendu d’une parade de toute grande classe pour préserver sa cage inviolée.
Cinq minutes plus tard, Colombier allait comprendre qu’il avait laissé passer sa chance quand, sur une nouvelle touche, le nouvel entré De Icco prolongeait sur un Lena de nouveau posté au 2e poteau pour le 2-0. A ce moment-là, on voyait alors mal comment les visiteurs allaient pouvoir revenir dans le match. D’autant plus que Masnari devait s’employer à la 79e sur un tir de Roca.
C’est un cafouillage dans leurs 16 mètres qui a valu aux Boudrysans leurs dernières sueurs froides à la 89e. Sur un énième sauvetage de l’excellent Gomes sur corner, pas moins de trois Colombinois ne sont pas parvenus à glisser le ballon au bon endroit. Il y a des soirs où ça ne veut pas, et c’était l’un d’eux pour les visiteurs, samedi aux Buchilles, où le sort du derby avait décidé de pencher pour les Boudrysans.
Déconcentration coupable
« Ce n’était pas facile de jouer avec ce vent et l’arbitre a beaucoup laissé jouer, ce qui a plutôt avantagé Boudry, qui s’est montré dur dans les duels », analysait à chaud José Saiz. « Je ne vais pas me cacher là-derrière », précisait-il dans la foulée, avant de détailler: « On a eu, malgré tout, deux ou trois occasions nettes avant eux, tandis qu’ils ont été inexistants offensivement en première mi-temps. On prend les deux buts sur des touches où on a fait preuve de naïveté en jouant un peu comme des enfants. Cela les a confortés dans leur jeu, même si on arrive encore à se créer une ou deux belles actions, dont celle où leur gardien fait un énorme sauvetage. Avant cela, il y a aussi eu le poteau alors que le score était à 0. Sur l’ensemble, on a été en dessous de ce qu’on a montré jusqu’ici cette saison et on a été un peu fragiles dans les duels. Et dans un match où l’arbitre a un peu trop laissé jouer à mon goût, ça s’est retourné contre nous. Sur les deux buts, on a fait preuve de déconcentration et on l’a payé cash. »
Un manque de concentration qui s’est aussi fait ressentir de l’autre côté du terrain, l’armada offensive colombinoise s’avérant incapable de concrétiser ses actions: « Oui, on n’est pas au-dessus des autres et on doit à tout prix faire preuve de davantage d’attention dans le dernier geste, on doit soigner la finition », reconnaissait un José Saiz prêt à remettre l’ouvrage sur le métier à l’entraînement pour corriger cela.
La foi de Da Costa
« Le match a été difficile, comme on s’y attendait. D’autant plus que notre situation est compliquée au classement. Pourtant, il y a de la qualité dans cette équipe, même si on est jeunes. Il nous manque la confiance et pour la gagner, il faut se sortir de là. Et ça passe par des matches comme ça où il faut savoir souffrir. Il faut oser dégager un ballon sans avoir honte », expliquait Celso Da Costa après avoir pris le moment de savourer son succès avec son équipe. « En première mi-temps, on a joué contre le vent et on n’a pas réussi à se montrer dangereux, c’est vrai. A la pause, j’ai dit aux joueurs: allez-y parce que ça va le faire, on aura le vent pour nous… Sauf qu’il est tombé (ndlr: il s’est certes bien calmé, mais Eole s’est quand même manifesté par quelques rafales éparses). »
Comme le vent, l’ouverture du score est elle aussi tombée, alors qu’on ne l’avait pas vue venir… « Mais mes joueurs ont bien joué le coup sur un centre tendu au sol. Le 2-0 vient aussi sur une touche, mais c’est superbien joué et le dernier geste est magistral. Surtout que c’est un gamin de 19 ans (ndlr: Adrien Lena)! Il faut le féliciter parce que ça n’a rien d’un coup du sort, il en met régulièrement des comme ça à l’entraînement! », a insisté le coach de Boudry, qui n’a pas non plus boudé son plaisir lorsqu’on a relevé la très belle partition défensive de son équipe: « Oui, c’est vrai, on a été très solides derrière. Et moi, je dis toujours que je préfère gagner 1-0 que 3-1, parce que cela signifie qu’on a fait le job devant, en marquant, et derrière, en n’encaissant aucun but. »
A l’évocation du match plein réalisé par son fils Diego Gouveia, désormais replacé en défenseur central, le paternel s’est fendu d’un sourire: « Je savais qu’il pouvait jouer à cette position. Et avec Guillaume Campos, qui revient de blessure, ils forment une vraie paire de ‘box’. C’est du solide dans les duels. En plus, ils n’ont pas peur de prendre des risques, de sortir balle au pied et de casser les lignes. » Cela s’est effectivement vu.
Choc aux Chésards, derby à la Rive
Samedi, Colombier, désormais deuxième, aura l’occasion de remettre le train dans le bon sens de la marche et de récupérer son trône. Le onze des jumeaux Saiz accueillera le nouveau leader Kosova dans un choc au sommet. Le lendemain, Boudry tentera de poursuivre sur sa lancée victorieuse sur la pelouse de Cortaillod, lors d’un nouveau derby du Littoral.
Boudry – Colombier 2-0 (0-0)
Les Buchilles: 150 spectateurs. Arbitre: M. Tabakovic.
Buts: 53e et 71e Lena.
Boudry: Gomes; De Matos, Campos, Gouveia, Rousseau (80e Pinto); Fages, Bourrier (C); Lopes (65e Raia), Lena, Di Chio (75e Roca); Le Meurlay (65e De Icco). Entraîneur: Celso Da Costa.
Colombier: Masnari; Tufarolo, Pegoraro, Gaille, Faustmann; Ramseyer, Chopard (C/ 85e El Chami), Boillat; Castro (67e Tico), Tosato (70e Edoh), Evan Saiz. Entraîneur: José Saiz.
Avertissements: 36e Rousseau (faute grossière), 75e Di Chio (antijeu), 76e Pegoraro (mauvais geste), 85e Gaille (jeu dur), 92e Ramseyer (mauvais geste).

